Shabbat 15 Adar 5784 – JEM AJTM Pelleport / Surmelin
L’habit fait-il le moine? Ou plutôt, les vêtements font-ils le prêtre? Dans la parasha de ce shabbat, Dieu décrit la vêture des prêtres et du Grand Prêtre, le Cohen Gadol. Ce dernier se voit recouvert de huit couches de vêtements! De quoi disparaître littéralement sous cette accumulation de tissus et de bijoux ! En effet, la vêture du Grand Prêtre est constituée de l’ephod, du pectoral du jugement, des Ourim et Thoumim (lumières et perfections) considérés comme des objets ayant traits à la divination, d’une robe bleue, d’une tunique frangée, d’une ceinture brodée, d’une coiffe de lin avec par-dessus une plaque d’or pur.

Alors que nous approchons de la fête de Pourim, qui aura lieu dans un mois, dans le deuxième mois d’Adar, où tout n’est qu’identité cachée, apparences trompeuses, travestissement et retournement de situations, mais aussi à une époque où notre communauté se voit confrontée à nouveau à une recrudescence de l’antisémitisme l’incitant à la prudence quant à l’extériorisation des signes religieux, cette parasha nous interroge sur l’image que nous projetons et sur celle que les autres perçoivent de nous.
Sartre écrivait que le regard de l’autre nous « chosifiait » et nous enfermait dans un rôle social ou une certaine identité. Nous jouons, nous sur-jouons, parfois à l’excès, à être ce que l’autre attend de nous. Dans Bereshit, Adam et Ève passent d’un habit de lumière, אור « or » avec un aleph, à un habit de peau, עור « or » avec un ayin. Le aleph primordial est devenu un ayin, l’œil en hébreu. Le vêtement, comme la peau, est ce qui sépare notre intérieur, ce que nous sommes, de l’extérieur, comme une frontière et une protection. Mais c’est aussi ce qui nous permet d’être vu, reconnu, distingué. Les sociologues d’ailleurs ont beaucoup écrit sur l’importance des codes vestimentaires dans toutes les sociétés.
Pourtant, dans l’histoire de Pourim, ce qui distingue Esther des autres femmes est qu’elle se présente au roi sans vêtements clinquants, sans bijoux ni maquillage excessif, sans artifices, presque « à nu », bien qu’elle cache ses origines. Aujourd’hui, on dirait qu’elle est « naturelle ». Mais parfois, le naturel doit se parer d’un uniforme quand il s’agit d’incarner une fonction : militaire, avocat, prêtre, et même hommes d’état? Rabbin? Comme le Cohen Gadol sous ses huit couches de vêtements, l’individu s’efface parfois derrière la fonction qu’il incarne, exigeant une conformité entre ses actes et ce qu’il représente.
Ces vêtements sont ainsi le symbole de la consécration du prêtre à Dieu et lui rappellent, comme le souligne le rabbin Hertz (20ème), qu’il « doit faire de l’idéal de sainteté le guide constant de sa vie ». Mais ils sont aussi un rappel de la sainteté du peuple tout entier. Le costume vise ainsi à encourager le peuple à cette sainteté conformément au verset que nous lisons à Kippour dans Lévitique 19 « Soyez saints car Moi, Je suis saint ».
Parmi les bnéi Israël, le Grand Prêtre avait en effet une fonction spéciale et un statut à part représentée par ses vêtements particulièrement luxueux, voyants et sonores aussi puisque le bas de la robe était orné de clochettes afin qu’on puisse entendre, ou que Dieu puisse entendre, ses aller et venues. Chacun de ces huit vêtements pourrait être étudié tant ils revêtent une signification symbolique spécifique. Ainsi, le pectoral sur lequel sont gravés le nom des 12 tribus est porté « sur son coeur lorsqu’il entrera dans le sanctuaire » pour prier (Exode 28:29) comme un rappel du poids de ses responsabilités et de la charge du peuple qu’il endosse et, comme le rappelle Pin’has Peli, pour qu’il en reste le fidèle porte-parole. Intermédiaire entre Dieu et le peuple, par le poids de ces vêtements, le Grand Prêtre porte littéralement sur lui le poids de sa charge et celle du peuple.
Mais comme l’écrivait Michel de Montaigne, penseur, philosophe et maire de Bordeaux, « le maire et moi sommes deux ». Si dans le cadre de l’exercice, la fonction prend le pas sur l’individu, celle-ci ne le fait pas disparaître pour autant et ne détermine pas son essence ni sa nature profonde.
L’individu échappera toujours à toute catégorisation.
Shabbat Shalom🙏

Shalom,
L’habit ne fait pas le moine, très riches en enseignements et réflexions profondes sur nous et l’image que nous projetons
et
je me suis dit le caméléon est le spécialiste du déguisement et en toutes circonstances
Cordialement
Landry jully
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Merci!
Oui, ou l’art de se fondre dans le décor 😉
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