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Parasha Va’et’hanan : « Shema Israël »

Shabbat 11 Av 5783 – JEM Beaugrenelle

« Shema Israël, Adonaï Elohenou, Adonaï E’had ». Ça vous semble familier? Cette phrase, nous la récitons deux fois par jour, le matin en allant et le soir en nous couchant.

Et c’est en effet dans cette parasha, Va’et’hanan, littéralement « j’implorai », que nous trouvons non seulement le rappel des Dix Paroles mais aussi le premier paragraphe du Shema. C’est une des prières les plus importantes du peuple juif, celle que les petits enfants juifs cachés dans les instituts catholiques pendant la Seconde Guerre Mondiale se souviennent parce que leur mère la leur récitait le soir comme une berceuse, un condensé des principes du judaïsme, qu’il nous faut, ainsi qu’il est mentionné dans le Texte, inscrire dans notre cœur, dans notre esprit, dans notre chair et jusqu’aux montants des portes de nos maisons. La Torah de Dieu, Son enseignement, est ce qui constitue l’architecture de ce que nous sommes, l’ossature de notre identité, ce qui nous construit, nous soutient du lever au coucher, du début jusqu’à la fin. Elle est aussi notre responsabilité parmi les nations, cette exigence d’exemplarité comme le rappelait le philosophe Abraham Heschel. C’est notre ADN que nous devons transmettre à nos enfants comme Moïse l’a transmis aux enfants d’Israël. « Veshinantam levanekha » (Deut 6:7), « Tu les enseigneras à tes enfants ». Un « tu » qui devient « nous », un passé qui devient un futur grâce à cette petite lettre placée au début du mot et qu’on appelle « vav conversif » qui transforme le temps passé en temps futur, avec la racine « shin-noun-noun » de « shinantam » qui signifie « répéter », mais aussi « mémoire » ou « mémoriser ». Il s’agit en effet de garder la mémoire de ces paroles, « hadevarim haéleh », et de faire vivre cette mémoire en transmettant l’enseignement reçu au Mont Sinaï, l’histoire d’un peuple, notre peuple, avec ses doutes, ses interrogations, ses réflexions, ses espoirs, ses défaillances, ses errances, ses moments de sagesse ou de bravoure, ses moments de révoltes et d’injustice aussi, un chemin de vie, un apprentissage « d’être humain ».

Souvenons-nous, déjà au moment du Matan Torah, du Don de la Torah, au premier verset du chapitre 19 de l’Exode, nous lisions « Ce jour-là « Bayom Hazeh », ils arrivèrent dans le désert du Sinaï ». Pour les Sages, « Bayom Hazeh » c’est « aujourd’hui ». Et ils poursuivent en disant « C’est pour t’enseigner que ces paroles doivent être aussi neuves à tes yeux que si elles avaient été données aujourd’hui ».

Cet enseignement, cette Torah, doit être entendue et renouvelée à chaque génération : sans pour autant inventer, il nous est demandé de découvrir des sens nouveaux, de nouvelles approches aux anciennes paroles, d’être actif et non passif.

Un midrash raconte qu’avant de faire don de la Torah, Dieu demanda une garantie au peuple rassemblé au pied du Mont Sinaï. Les Hébreux répondirent « nos patriarches Abraham, Isaac et Jacob sont nos meilleurs garants », c’est-à-dire le passé, à travers des personnages tutélaires. Mais Dieu n’est pas convaincu et refuse. Alors le peuple propose que tous les prophètes à venir seraient leur garant, soit le futur mais un futur distancié par rapport à chaque individu. Dieu refuse à nouveau. Les Hébreux comprennent alors qu’ils devaient offrir ce qu’ils avaient de plus précieux, en s’engageant personnellement et ils s’exclamèrent « Nos enfants seront nos garants : nous leur apprendront la Torah et ils la transmettront à leurs propres enfants! ». Dieu accepta alors et leur donna la Torah.

« L’oubli est le vrai linceul des morts » écrivait George Sand. Ce pouvoir de la transmission de génération en génération est le gage de notre survie, au-delà des persécutions, des tentatives d’extermination, des exodes, de la diaspora, même si nous sommes moins nombreux que les autres nations, plus faible aussi, comme le rappelle notre parasha. « Non par la puissance ni par la force mais par Mon esprit » proclamait le prophète Zacharie (4:6).

Shabbat Shalom

2 réflexions au sujet de “Parasha Va’et’hanan : « Shema Israël »”

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