Shabbat 24 Nissan 5783 – Parasha Shemini – Keren Or – Communauté libérale Lyon-Rhône-Alpes
Huit jours après son intronisation comme Grand Prêtre, Aaron est chargé de l’inauguration du Mishkan, son premier acte en tant que leader spirituel. Huit jours qui rappellent les huit jours de la Brit Mila comme s’il lui avait fallu ce temps pour se préparer à devenir l’intermédiaire privilégié entre Dieu et le peuple qu’il va bénir.
Moïse lui donne la marche à suivre et lui demande à plusieurs reprises d’approcher de l’autel comme si Aaron éprouvait des difficultés à endosser pleinement sa nouvelle fonction pour laquelle Dieu lui-même l’a choisi. Peut-être qu’à la suite de la faute du veau d’or à laquelle il avait pris une part active, ne se sent-il pas digne de cet honneur. Peut-être a-t-il aussi des doutes sur ses capacités, lui qui, jusqu’à présent, était le second, le suiveur et le soutien de son frère?
Son attitude de retrait et d’humilité contraste d’autant plus avec celle de ses deux fils aînés Nadav et Avihou qui, eux, s’approchent de l’autel, devant Dieu, sans que personne ne le leur demande, sans crainte et sans doute, pour y apporter un feu « étranger » qui ne leur avait pas été commandé. Excès de zèle? Acte inconscient et insensé en état d’ébriété? Arrogance de la jeunesse et volonté de prendre la place des deux « vieux » Moïse et Aaron, pensant pouvoir faire mieux qu’eux? Volonté de « tuer » le père, symboliquement, en prenant sa place, pour accéder à l’âge adulte?

En tout cas, ce feu « étranger », étrange, ne répondant visiblement pas aux prescriptions données et dont l’intention derrière le geste est douteuse, n’est pas agréé par Dieu et « un feu sort de devant le Seigneur et les dévore ». Ou sont-ils dévorés par le feu de leur ambition?
Nous avons sans doute ici, avec Nadav et Avihou, et plus tard avec la révolte de Kora’h, le contre-exemple d’un grand leader. Qu’est-ce qu’un grand chef? Non pas celui qui court après le pouvoir pour lui-même, persuadé de tout savoir et de pouvoir faire mieux que les autres, mais celui qui, tout d’abord réticent, comme Moïse devant le Buisson Ardent, comme aussi le prophète Jérémie quand le Seigneur le choisit pour transmettre Sa parole, accepte finalement le pouvoir et l’exerce pour les autres, tout en se remettent en question et en reconnaissant ses limites. Non pas celui qui agit seul, de sa propre initiative, sans concertation, mais celui qui prend conseil et agit avec sagesse en tenant compte compte des avis qui l’entourent. C’est d’ailleurs le sens du mot « melekh » que l’on traduit par « roi » : c’est celui qui prend conseil.
Le silence d’Aaron est très frappant. Il voit ses deux fils mourir sous ses yeux. « Et Vayidom Aaron ». Et Aaron se tut. Est-il frappé de stupeur devant la brutalité de la sentence divine? Est-ce que la marque de sa soumission à l’impitoyable décret divin sans réagir, sans essayer de sauver ses fils? La racine daleth-mem-mem signifie en effet « se taire », « être silencieux », « être réduit au silence » mais aussi « être immobile », « être stupéfait », « hurler » et « périr ».
Et Aaron se tut. On imagine aisément son cœur de père déchiré hurler intérieurement, et quelque chose en lui qui meurt avec ses enfants. Son silence est celui de l’impuissance que nous pouvons tous ressentir, un jour ou l’autre, face à une personne que, malgré toutes nos mises en garde, malgré tous nos efforts, malgré toute notre volonté, nous ne pouvons pas protéger ni sauver, même d’elle-même. C’est le silence de l’acceptation, souvent forcée, du choix de l’autre, même s’il est mauvais et le conduit à sa perte, car nous n’avons aucun pouvoir ni aucune maîtrise sur sa volonté ni sa liberté. Quand l’autre, et a fortiori l’être le plus cher, devient si audacieux au point de s’oublier lui-même, il ne reste en effet plus que ce silence assourdissant comme celui d’Aaron.
Essayons donc de garder et de cultiver nos racines, pour ne jamais oublier qui nous sommes, ne pas devenir un feu étranger à nous-même, et nous couper des autres au risque de nous brûler les ailes. Ne pas oublier aussi que chaque acte que nous posons nous engage, nous, mais aussi la communauté.
Shabbat Shalom

Bonjour,
Merci pour ces commentaires bien inspirés c’est avec plaisir de lire et riches en réflexions qui m’invite à relire ses passages
Shalom
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Merci de votre fidèle lecture et de votre retour. BeShalom 🙏🏻
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