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Parasha Vayikra : « With great power comes great responsability »Vayikra :

Shabbat 14 Adar 5784 – Communauté Libérale de Genève Beit GIL

« With great power comes great responsability », « un grand pouvoir entraine une grande responsabilité », disait oncle Ben à Peter Parker alias Spiderman. Et c’est bien l’objet de la parasha Vayikra, « Il appela », qui ouvre le troisième livre de la Torah, le Lévitique appelé aussi la Torat Cohanim, la Torah des prêtres.

D’ailleurs, dans les sources rabbiniques du premier siècle, on trouve l’expression « torot cohanim » pour désigner cette partie, littéralement « instructions pour les prêtres ». Le lévitique est en effet un livre d’enseignement. Mais de quel enseignement s’agit-il?

Dans Vayikra, qui se situe au milieu des cinq premiers livres de la Torah, au coeur même de la Torah, « lev », la racine de « Lévi » ou « Lévitique », on y trouve en effet force de principes, de règles, de lois, souvent relatives au service du Temple et, ici, concernant les offrandes et sacrifices à apporter en cas de transgression.

Ces sacrifices sont appelés « korban », de la racine « karov » qui signifie « s’approcher ». En effet, ces sacrifices permettent d’approcher la divinité pour lui rendre grâce ou implorer son pardon pour les fautes commises. Ils sont organisés rituellement car on ne s’approche pas n’importe comment de la Présence divine qui peut guérir ou tuer. Nadav et Abihou, les fils d’Aaron, en feront d’ailleurs les frais dans le chapitre 10 du Lévitique (10:1-3) puisqu’en apportant un feu « étranger » ou « étrange » « esh zara » qui ne leur avait pas été demandé, donc sans y être invités et sans être préparés à cette rencontre, seront dévorés par le feu divin.

Pourquoi tant d’attention et de détails dans l’énoncé de procédés qui n’ont plus cours aujourd’hui, le Temple ayant été détruit en l’an 70 de l’ère commune? Un point du texte, relevé par rabbi Jonathan Sacks (z’’l zikhrono livrakha) est toutefois intéressant : alors que pour le Grand Prêtre, la communauté et l’individu, la formule employée commence par « im » « si » – si un individu commet telle transgression, il apportera tel sacrifice – celle relative au Nassi, c’est-à-dire au « Prince », au chef de tribu, au leader politique, commence par « asher », « quand » – quand le Nassi commet une transgression, il apportera tel sacrifice.

C’est comme si le pouvoir spirituel, représenté par le Grand Prêtre, de par l’essence de son activité et son objectif et auquel le peuple, de la communauté jusqu’à l’individu, doit s’associer, était moins enclin à la transgression que le pouvoir temporel, représenté par le Nassi, plus exposé aux tentations du monde. Lord Acton, historien et homme politique anglais écrivait, à la fin du XIXème siècle : « Le pouvoir tend à corrompre et le pouvoir absolu corrompt absolument, les grands hommes sont presque toujours des hommes mauvais ». Nous le verrons d’ailleurs à nouveau demain soir et dimanche matin quand nous lirons la Meguilat Esther, où l’abus de pouvoir suscité par des mauvais conseils et exercé par de mauvaises personnes mène à la destruction de l’autre mais, dans notre histoire, finir par se retourner contre le Rasha, le méchant (celui dont on ne prononce pas le nom).

Le Lévitique parle ainsi de l’organisation et de la gestion du pouvoir mais surtout de réparation plus que de punition quand une transgression est commise. Les sacrifices, les korban, répartis entre olah, offrande de Min’ha, shelamim, ’hâtât et asham, visent à purifier et à restaurer la sainteté et la paix en réparant la relation brisée à l’autre, à soi et par là-même, au monde et à Dieu

Tout acte, même involontaire, a des conséquences et un impact sur les autres. Et c’est un système de principes éthiques élevé qui est ainsi mis en place ici.

Dans cette catégorisation des fautes incluant la légèreté, l’imprudence, l’induction d’autrui en erreur, même accidentellement, la rétention volontaire de preuves, le mensonge, le vol, le traitement injuste d’autrui, plus le statut de la personne est important et plus plus grande est sa responsabilité. C’est pourquoi, une attention particulière est portée sur les fautes mêmes involontaires commises par les dirigeants qui peuvent conduire au mal en servant d’exemples à des individus pour commettre leurs propres délits.

Ainsi, la faiblesse humaine, celle de l’individu jusqu’à celle des personnages les plus importantes de la communauté, loin d’être niée, est prise en compte et encadrée pour pouvoir être dépassée. Car l’objectif n’est-il pas de faire d’Israël une nation de prêtres, un peuple saint (Exode 19:4-6), un phare parmi les nations. « Soyez saints car Je suis saint » dit l’Eternel dans Lévitique 19:2 que nous lisons le matin de Kippour, nous chargeant ainsi de la lourde responsabilité de servir d’exemple de moralité et de probité pour les autres. Ce choix de Dieu, souvent mal compris, et qui, selon Abraham Heschel dans « Les Prophètes », n’est ni une marque de favoritisme ni un échappatoire, nous donne un surcroît de responsabilités et une exigence d’exemplarité. C’est ce que le judaïsme appelle le monothéisme éthique, et qui existe aussi dans les autres religions monothéistes, mais qui a été instauré par le premier Hébreu et notre premier patriarche Abraham.

Et le but des lois n’est-il pas, un jour, de pouvoir s’en passer quand l’individu les aura pleinement intégrées, quand le respect absolu du vivant, de la différence, de l’autre fera partie de son ADN, lorsqu’il aura appris à s’auto-réguler et à s’auto-limiter pour qu’un autre puisse coexister à côté de lui? Pour que le « quand » de la transgression quasi inévitable devienne un « si », une exception commise par erreur ?

Shabbat Shalom

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