Drashot

Souccot, de l’intériorité à l’extériorité.

Shabbat 20 Tishri Souccot VI – Communauté libérale Keren Or Lyon-Rhône-Alpes

Les Oushpizin dans la Souccah de Nina…

Le cycle des fêtes de pèlerinage s’achève avec Souccot qui commémore le souvenir des 40 années passées dans le désert où les Hébreux construisaient des huttes pour se protéger du soleil. La fête de Souccot, dont on trouve les prescriptions dans Lévitique 23, commence cinq jours après Yom Kippour pendant sept jours et se clôture le huitième jour avec la fête de Shemini Atseret, littéralement le huitième de clôture, et Sim’hat Torah, la joie de la Torah.

Alors que certains, comme rabbi Akiva, comprennent le terme « soucca » littéralement : nous construisons une cabane en mémoire de la vie dans le désert, pour  d’autres, comme rabbi Eliezer, la soucca symbolise le nuage de gloire, « aneneï cavod », avec lequel Dieu entourait les enfants d’Israël pour les protéger dans le désert.

Dans le Talmud, cette génération du désert, « dor hamidbar », est une expression souvent péjorative contrairement aux prophètes pour qui elle représente une période idéale dans l’histoire d’Israël où la vie était simple et pure avant la corruption de la ville et de la civilisation en terre de Canaan dans une version avant l’heure du mythe du bon sauvage. Face à la nostalgie de ce temps, Souccot résonne alors comme un appel à une vie éthique loin de la corruption et des vices de la société et à retrouver cet état, perdu, de pureté et d’innocence de l’enfance. Ainsi, pour Maïmonide, vivre dans la soucca est un appel à mettre sa confiance en Dieu et non dans les biens matériels. Pour le professeur Kaplan, Souccot permet le recul nécessaire pour prendre conscience que la vie telle qu’elle est vécue n’est pas « normale » afin de la considérer d’un point de vue critique. C’est une prise de recul nécessaire avec le quotidien.

La forme même de la soucca, qui doit être à mesure d’homme, symbolise l’intériorité et cette intimité avec la divinité : deux murs et le début d’un troisième comme le bras, l’avant-bras et la main, image de l’étreinte. Dans le Cantique des Cantiques 2:6, il est écrit : « Son bras gauche soutient ma tête, sa droite m’enlace ». La main gauche représente le « rakhamim », la rigueur de Rosh Hashana et Yom Kippour mais à Souccot nous sommes enlacés par la main droite de Dieu, par son amour, son « ‘hesed ». Alors qu’à Rosh Hashana et Yom Kippour, l’homme est jugé par son Créateur dans un rapport de transcendance, à Souccot, on fête l’immanence et la présence de l’intimité en se retrouvant dans la matrice de la soucca. A Rosh Hashana et Kippour nous avons dit et répété « Notre père, notre roi, fais-nous grâce et exauce-nous car nous n’avons aucun mérite ». C’est le constat d’un état de manque, propre à la nature humaine, qui demande à être comblé par la miséricorde divine, le « rakhamim ». Puis, lavés de nos fautes, c’est un amour gratuit et sans limite, sans condition, le « ‘hesed », qui nous est donné à Souccot, comme l’amour d’un parent. Ainsi, à Souccot, dans la soucca, c’est comme si Dieu nous prenait dans Ses bras dans une étreinte maternelle.

La fête se conclut par « Shemini Atseret », le huitième jour de clôture, telle que la Torah le prescrit : « Le huitième jour, vous aurez encore une convocation sainte, et vous offrirez un sacrifice à l’Eternel : c’est une fête de clôture, vous n’y ferez aucune oeuvre servile » « Atseret » signifie aussi « s’attarder, retenir ». Un midrash explique que Dieu, comparé à un roi qui a invité tout le monde à une grande fête, alors que les invités repartent un à un, essaie de retenir ses enfants un jour de plus. Etreindre, c’est essayer de retenir, comme une tentative de Dieu de rester encore un peu avec Israël au moment où s’ouvre une nouvelle page de son histoire. En effet, si le décompte des fautes s’arrête à Yom Kippour, Souccot marque le premier jour où on recommence à les compter. Souccot est ainsi une fête de réjouissance non par rapport à un avoir mais par rapport à un état d’être : la joie d’être là. C’est pourquoi, cette fête n’a pas de nom particulier attaché à une action mais s’appelle simplement le temps de notre joie, « zeman sim’hatenou » ou « la fête », « ‘hag ».

Mais après cette étreinte et cette retenue, comment passer de l’intériorité à l’extériorité? Si l’homme est dans la soucca comme dans une matrice, comment être influencé par ce qui n’entre pas en nous mais qui nous entoure. Pour Adin Steinsaltz, c’est comme être dans une foule qui défile. On n’entend pas les voix mais on ressent l’ambiance qui nous imprègne. Et si la soucca a la forme d’une étreinte, c’est une étreinte ouverte : le toit est ouvert sur le ciel comme un appel à la transcendance et la soucca n’est pas fermée mais largement ouverte par son quatrième côté sur le monde extérieur, l’altérité, la différence.

Le symbole de cet accueil de la différence en est le loulav qui rassemble les quatre espèces, telles qu’elles sont définies dans Lévitique 23:40. Il représente la nécessaire unité du peuple juif : le loulav ou branche de palmier, qui a du goût mais pas d’odeur, représente le Juif qui connaît bien la Torah mais ne fait pas beaucoup de mitsvot ; le saule, qui n’a ni odeur ni saveur, représente le Juif qui n’étudie pas la Torah et ne fait pas non plus de bonnes actions, il est éloigné de la religion ; le myrte, qui est parfumé mais sans saveur, représente le Juif qui a peu de connaissances mais fait beaucoup de bonnes actions ; et l’étrog à la fois parfumé et goûteux, représente le Juif qui connaît bien la Torah et accomplit beaucoup de mitsvot.

En liant ensemble ces quatre espèces et en faisant la bénédiction sur elles, on signifie que l’unité du peuple passe par le rassemblement de tous les segments de la communauté, quels que soient ses qualités et ses défauts. Chacun a sa place et représente une bénédiction pour l’ensemble. La diversité est une richesse pour Israël qui doit rester uni malgré les différences comme le Talmud le rappelle : « Tous les Juifs sont responsables les uns des autres ».

Le symbole de cet accueil de la différence en est le loulav qui rassemble les quatre espèces, telles qu’elles sont définies dans Lévitique 23:40. Il représente la nécessaire unité du peuple juif : le loulav ou branche de palmier, qui a du goût mais pas d’odeur, représente le Juif qui connaît bien la Torah mais ne fait pas beaucoup de mitsvot ; le saule, qui n’a ni odeur ni saveur, représente le Juif qui n’étudie pas la Torah et ne fait pas non plus de bonnes actions, il est éloigné de la religion ; le myrte, qui est parfumé mais sans saveur, représente le Juif qui a peu de connaissances mais fait beaucoup de bonnes actions ; et l’étrog à la fois parfumé et goûteux, représente le Juif qui connaît bien la Torah et accomplit beaucoup de mitsvot. En liant ensemble ces quatre espèces et en faisant la bénédiction sur elles, on signifie que l’unité du peuple passe par le rassemblement de tous les segments de la communauté, quels que soient ses qualités et ses défauts. Chacun a sa place et représente une bénédiction pour l’ensemble. La diversité est une richesse pour Israël qui doit rester uni malgré les différences comme le Talmud le rappelle : « Tous les Juifs sont responsables les uns des autres ».

Mais Souccot est aussi la fête de la récolte, « ‘hag ha-assif », et en cela, elle est une fête universelle qui concerne toute l’humanité et dépasse le particularisme juif. D’ailleurs au temps du Temple, on apportait 70 sacrifices de paix pour les 70 nations de la Terre afin de rassembler les 70 peuples désunis. Le prophète Zacharie (14:16) précise qu’à la fin des temps, tous les hommes de toutes les nations monteront à Jérusalem à Souccot. Ainsi, cette fête initie un mouvement centripète de retour à l’unité mais aussi centrifuge sous la forme de cercles concentriques de plus en plus larges : l’être humain, le peuple d’Israël, l’humanité tout entière.

A l’office du soir de Shabbat et des fêtes, nous lisons « Oufros alénou souccat shelomekha », « étends sur nous la soucca de ta paix », dans la quatrième bénédiction « Hashkivenou » après la récitation du Shema qui résonne comme une promesse de paix et de fraternité mais aussi de retour à l’unité, ainsi que nous concluons le « Alenou » : « L’Eternel règnera à jamais. Il règnera sur la terre entière. L’Eternel est un, et en ce jour-là, un sera Son nom ». C’est pourquoi, nous secouons le loulav à l’Est, au Sud, à l’Ouest, au Nord, en haut, en bas, d’avant en arrière afin de proclamer que Dieu est partout et que le monde ne fait qu’un, que tout est lié. De même, quand que le cycle des sept jours de Souccot est achevé, à Sim’hat Torah, nous terminons la lecture de la Torah et nous la recommençons dans la foulée en lisant la parasha Berechit afin que le cycle soit complet mais non interrompu.

L’ouverture se manifeste également par la réception des invités dans la soucca : Juifs, non-Juifs, étrangers, les Oushpizin, les invités de marque, invités réels ou « imaginaires ». En effet, dans la soucca, chacun a sa place et les différences s’effacent devant le ‘hesed qui englobe tout. Symboliquement, nous accueillons sept bergers au cours de ces sept jours : Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Aaron, Joseph, David, sept bergers pour sept jours. Ces sept bergers continuent de nous guider et de nous inspirer, leur influence est permanente. Mais ils représentent aussi sept aspects de notre identité d’être humain, sept « midot » : Abraham pour l’amour, Isaac pour la crainte et la rigueur, Jacob pour la miséricorde, Moïse pour la connaissance, etc. En accueillant ces sept bergers dans la soucca, c’est comme rassembler en nous ces sept « midot » ou vertus constitutives de notre être. D’ailleurs « assif »,« récolte » en hébreu, signifie également « rassembler ». Ainsi, dans la soucca, à l’ombre de Dieu comme il écrit dans le Cantique des Cantiques, nous rassemblons les éléments épars de notre identité de même que nous sommes appelés à rassembler les parcelles éparses de la divinité pour le Tikkoun Olam.

Inviter, c’est accepter de recevoir, c’est aussi s’ouvrir à la différence de l’autre qui nous complète. Dans le Talmud Bavli (Traité Soucca 2a), nous lisons : « Sors de ton domicile et va dans un domicile provisoire ». Il s’agit de faire l’expérience de la fragilité de la vie, rappelée par la lecture de l’Ecclésiaste à la synagogue pendant Souccot, mais aussi de l’exil, de la sortie de soi, de sa zone de confort, pour aller à la rencontre de l’autre et de la différence. J’aime reprendre cette citation de Saint-Exupéry « Toi qui diffères de moi, mon Frère, loin de me léser, tu m’enrichis ». Alors, pendant les quelques jours de fête qui restent, peut-être pouvons-nous essayer de faire de la différence une source de richesse qui nous aide à grandir pour aborder en paix ce nouveau cycle qui s’ouvre à nous.

‘Hag Samea’h

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