Drashot

Malentendus entendus…

Parasha Matot (Tribus), Shabbat 24 Tamouz 5782

Communauté libérale Kehilat Gesher Paris

« J’suis pas contente »


« Allez, c’est l’heure d’aller chez tata » – « Mais maman! Je ne veux pas sortir, je préfère rester ici et jouer aux legos! » – « Mais si tu ne viens pas avec nous, tata va penser que tu ne veux pas la voir et elle va être triste! » – « Je veux voir tata mais je veux aussi jouer avec mes legos » – « Et si tu prenais tes legos pour aller chez tata et jouer chez elle? » – « Alors d’accord! ». Et voilà comment éviter un drame familial… Tous les parents ont été un jour ou l’autre confrontés à cette situation et nous-mêmes, avons été enfants, il n’y a pas si longtemps, et avons dû faire face à ce dilemme. Etre parents ou l’art de la négociation mais aussi de concilier un intérêt particulier avec un intérêt plus général. Etre enfant ou comment exprimer nos contradictions.


Dans notre parasha « Matot », « les tributs », le peuple arrive à la fin de son errance dans le désert. Il est sur le point d’entrer en Terre Promise. Mais deux tribus, celles de Ruben et de Gad, préfèrent rester sur place où les pâturages sont abondants pour leurs troupeaux. Ils ne disent pas qu’ils abandonnent les autres tribus ni qu’ils refusent de se battre avec leurs frères pour la conquête de la terre de Canaan, mais simplement qu’ils souhaitent rester là où ils sont et ne pas prendre part au partage de cette dernière.
Et cela pose un problème à Moïse qui vient de commander au peuple, en désignant mille par tributs, d’aller combattre les Madianites selon l’ordre de Dieu. Comment l’acte de Ruben et de Gad sera-t-il perçu par les autres tribus? Par Dieu Lui- même qui risque de faire retomber Sa colère sur l’ensemble du peuple? Moïse a parfaitement conscience de ces problématiques qu’il expose aux tribus de Ruben et de Gad, avec honnêteté et transparence, avant toute annonce « officielle » au peuple. Ce qui va leur permettre de préciser leurs intentions, dissipant tout malentendu, et de proposer une solution : ils participeront à la conquête et dès que tout le monde sera installé, ils retourneront sur les terres qu’ils auront choisies. Deal!


« Gouverner c’est prévoir, et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte » écrivait le journaliste et homme politique Emile de Girardin en 1852. C’est anticiper mais aussi essayer de désamorcer les éventuels conflits en permettant à chacun de s’exprimer dans un respect mutuel sans qu’une partie, ici du peuple, soit montée contre l’autre à cause de malentendus ou de non-dits interprétés et mal compris. Plus tard, une fois que les tribus seront installées chacune sur leur terre, les tribus de Ruben et de Gad construiront leur propre autel en dehors de la Terre Promise au risque de provoquer un schisme dans le peuple. Nouvelle source de malentendus et de conflits. Josué enverra Pin’has, le zélote, celui qui avait exécuté par l’épée sans autre forme de procès l’Israélite et la femme Madianite qu’il avait emmenée dans sa tente à la fin de la parasha Balak, celui dont la précédente parasha porte le nom, devenu, depuis cette exécution expéditive, homme de paix, pour trouver une solution pacifique au problème : en effet, loin de vouloir faire sécession, les deux tribus souhaitaient avoir un autel pour affirmer leur attachement au Dieu de leurs pères et leur appartenance au peuple d’Israël au même titre que leurs frères au-delà du Jourdain au cas où ces derniers viendraient à l’oublier. Encore fallait-il le savoir tant ce comportement pouvait prêter à confusion.
L’incompréhension mutuelle est source de conflits et seul un dialogue respectueux des différentes opinions permet de les désamorcer et d’éviter une escalade. Mais encore faut-il avoir la sagesse de garder l’esprit ouvert à l’autre et de savoir écouter.

Nos Sages affirment que si nous sommes tenus d’observer toutes les mistvot, il y en a une que nous sommes obligés de rechercher : le shalom comme il est écrit dans le Psaume 34:15 : « Recherche le Shalom, et poursuis-le ». Shalom est traduit par « paix » mais son sens va bien au-delà. C’est la plénitude, la complétude, la bonne santé, physique et morale, l’absence de conflits mais qui n’est pas synonyme de pensée monolithique ni d’absence d’opinions divergentes. C’est un équilibre à trouver parmi les contraires, une harmonie, une conciliation entre les intérêts particuliers et l’intérêt général. C’est la recherche d’une voie pacifique et consensuelle, non coercitive ni expéditive, dans la résolution des problèmes. C’est cette « alliance de paix », cette Brit Shalom, donnée à Pin’has après un acte sanglant qui ne devait pas se reproduire. Peut-être qu’en ces temps troublés, émaillés d’incertitudes, d’incompréhensions et de conflits en tout genre, nous pourrions réfléchir à la façon de rechercher et de préserver ce shalom.


Shabbat Shalom

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